29/11/2013

BABYLONE PROD


Par les temps qui courent, le rap français est perçu comme quelque chose de superficiel par certains. La seule image retenue est celle de Booba ou de Sexion D'assaut, où la forme est plus importante que le fond: plus de rimes que de paroles censées, plus de frime que de poésie parlée. Appelons cet ensemble de groupes "Palier n°1".

D'autres groupes marginaux relèvent heureusement la barre, plus ou moins connus: Odezenne, Fabe, Rocé, Oxmo Puccino...autant de groupes qui ont des choses à dire, entre paroles engagées et lyrisme, sans négliger la musicalité de leurs compositions: c'est ce qui fait leur force. C'est le second palier.

Enfin, on trouve le côté déjanté du rap. Clips extravagants et décalés, paroles incisives ou engagées, entre lyrisme acide et musique caustique: c'est ce que l'on trouve chez des groupes comme Stupeflip. On arrive au troisième palier, et c'est de celui-ci dont je vais vous parler.





Carnage visuel et explosion incisive, c'est ce qui résume ce clip de Mikyflex. Ce jeune rappeur remois pose son flow comme il découpe des corps: il brise les tabous et n'hésite pas à se tâcher de sang. "Trouver une meuf clean c'est dur, c'est pas comme jouer de la flûte. Heureusement que j'ai pas de gosse, sinon je l'aurais appelé sa mère la pute", dit-il avant de se pendre. On pourrait associer ces paroles avec certains morceaux du Klub des Loosers, comme La Fin de l'Espèce: "Les erreurs se reproduisent, la preuve en sont tes gamins". En bref: une cave, du sang, des cadavres, une cage et des flammes. Un bel univers de film d'horreur, que ça soit dans le son ou l'image!





Autre exemple avec ce clip de Droogz Brigade. C'est un univers décalé rempli de Marie Jeanne, de filles au maquillage dégoulinant et de poupées gonflables, secondé par la mélodie du beatmaker toulousain Al'Tarba et le flow brut de décoffrage des trois rappeurs. L'ambiance y est, le texte aussi, et ça groove!




Alors si vous êtes férus de flow enragé et que vous êtes curieux, allez jeter un oeil à la chaîne youtube de Babylone Prod pour y découvrir du vrai rap de remois (pas renoi, hein)! Vous ne serez pas déçus. Ci-dessous, des liens utiles. Bonne écoute!

Chaîne youtube: http://www.youtube.com/user/BABYL0NEPR0D/videos
Page facebook: https://www.facebook.com/babyloneprod

21/11/2013

ETИIK


Vous êtes jeune et vous voulez vous lancer dans la musique électronique? L'envie de bidouiller du logiciel vous démange? Abandonnez tout espoir, car Etnik va vous donner envie de vous mettre au triangle. A 21 ans seulement, cet artiste allemand nous offre un EP produit par OWSLA, alias Skrillex pour les intimes. Oui, rien que ça... Alors faites place nette et virez les meubles de votre salon, parce qu'Etnik va vous donner envie de tout casser!






Ce n'est que son premier EP, et pourtant Etnik a déjà sa marque de fabrique. En ce qui le concerne, le boulot a commencé deux ans auparavant: un remix pour le russe Proxy, des morceaux expérimentaux de moins d'une minute et des tracks d'une agressivité hypnotique, susceptibles de vous faire transpirer jusqu'à l'aube. Synthés qui crachent, enchaînements saccadés, montées titanesques, basses explosives...entre techno et rave, c'est un style destiné à faire bouger les foules.



 


L'EP Neon Daze illustre la maturité musicale de l'artiste. Ensemble plus propre, plus travaillé, moins brouillon...tout en restant très agressif et diaboliquement efficace. On retrouve la violence hypnotique des anciens morceaux, le groove en plus: des airs de Gesaffelstein dans Nixon, un côté Erol Alkan dans Neon Daze...Un tsunami de basses dévastateur et terriblement dansant. Dans les bacs depuis hier, le premier EP d'Etnik va vous sortir de la routine hivernale. TOUT CASSER!



13/11/2013

Outside The Box


Vous pétez une durite à cause du temps qui fait des siennes et la mousson vous sort par les yeux? Une épidémie de flemmingite a plongé votre famille dans une routine léthargique? Qu'à cela ne tienne! Le nouvel album de Lyre Le Temps est dans les bacs depuis deux jours pour vous casser la baraque. Outside The Box est sorti le jour de l'armistice, et m'est avis que ce n'est pas une coïncidence!





3 ans auparavant, le trio nous avait offert Lady Swing. Album entre la pêche et la mélancolie, les Strasbourgeois exprimaient leur énergie avec une grande maturité musicale. Piano, rythmes à l'ancienne, cordes jazzy...le tout accompagné d'une voix de velours, élégamment éraillée. C'est un mélange très efficace: jazz rag-time à la Fats Waller (You Got It), hip-hop énervé (Alive), swing langoureux (Jazzy Degree)...Lyre Le Temps se sont fait connaître avec un style d'électro-swing marginal, se détachant de celui des piliers du genre (Parov Stelar, Caravan Palace...).

Leur second opus se veut plus léger. Plus électronique et plus groovy, on retrouve de l'orgue, des rythmes hip-hop et un chant plus énervé. C'est un album dans le registre de la bonne humeur et de la sueur, qui va vous donner la fièvre du samedi soir (et ce même si on est mercredi, sisi). Oubliez le scratch des C2C et le swing de Caravan Palace pour un groove péchu et pour un style qui sort des sentiers battus. Ça ne coûte qu'un clic et vous ne serez pas déçus! Ci-dessous, le morceau Swing Machine avec Art District! 


 
 

PS: et si vous avez le temps pour un autre clic, l'album entier est en écoute ici. Bonne écoute!

03/11/2013

Son Of Kick

Son Of Kick est un compositeur de musique marginal et inclassable. Connu notamment pour le morceau Playing The Villain, c'est un artiste polyvalent et touche-à-tout. Hip-hop, trap, électro, dubstep, trip hop...Autant de styles que l'on retrouve à travers sa discographie, pour le plaisir de nos tympans.  

 

 

Sur scène, pour sa tournée en France, il se produit avec le rappeur Marger, qu'on entend notamment dans une version du morceau Reloaded. Après un show explosif et déjanté lors de son passage au festival Nördik Impakt, j'ai eu la chance d'avoir une entrevue avec lui après le concert. Interview d'un véritable artiste, marginal et sacrément déconneur:
 

S!: Salut! Pour commencer, comment se passe votre tournée en ce moment? En tout cas pour ce soir vous pouvez être rassurés, vous nous avez mis une sacrée session!
 

SOK: Ecoute, la tournée se passe bien, elle reprend en fait. On a eu une petite période de stop où on était en studio: là je suis revenu des US, et voilà. On reprend doucement. Des petites dates en France, en Italie, en Espagne...
 

S!: Et à Montpellier pour le festival I Love Techno!
 

SOK: Et à Montpellier à I Love Techno ouais! Ça va aussi être une sacrée date je pense. Justement on était en train de regarder des meufs de Montpellier sur Instagram (rires)! Les chasseurs préparent le terrain!
 

S!:  Bien joué! Pour continuer, tu es un peu le marginal de la musique électronique avec tes sons et tes clips bien barrés! Pour ceux qui ne te connaissent pas, tu te définirais comment?
 

SOK: Ecoute pour ça je pense que ça a toujours été mon fort et mon fardeau. Je peux pas vraiment définir le style de musique que je fais, vu que j'en fais plein. J'ai jamais essayé - tu veux un verre de vodka ou pas? - de me définir vraiment. Ça a toujours été compliqué pour ça, mais je pense qu'on va dire Bass music. C'est toujours ce qu'on a fait, un mélange de grime (hip-hop + dubstep), d'électro, dubstep...et puis j'sais pas, y'a vraiment tous les genres. C'est marrant parce que tout le monde dit que Playing The Villain c'est du dubstep alors que pas du tout. C'est un morceau qui est à 170 BPM, donc déjà c'est pas essentiellement du dubstep. On y trouve du footwork, de la jungle...Bref il y a tout dedans, et c'est important pour moi de ne pas me mettre dans une case. Donc voilà, pour ceux qui connaissent pas, faut pas poser de questions (rires)!
 

S!: En ce qui concerne ta musique, qu'est-ce que tu essaies de transmettre? Tes sons et tes clips sont déjantés, notamment avec Playing The Villain où l'on voit des gens se faire tuer par une voiture! Qu'est-ce que tu essaies de faire ressentir aux gens? 

 

 


SOK: Honnêtement - A la tienne! - il n'y a pas de but. Il n'y a pas de but recherché dans l'écriture de la musique, des textes, ou des clips. On aime juste être créatifs. Je bosse avec des gens, ils viennent avec des idées, on en partage...En ce qui concerne le clip avec la voiture, c'est une blague pour moi. C'est du 2ème, du 20 ème degré. Les gens prennent presque tous les clips au premier degré, alors que nous on aime juste se taper des grosses barres! On est pas là à essayer de choquer les gens. C'est vrai que j'ai la culture du hard, mais ça reste du second degré. Il m'a fallu du temps pour comprendre que pas mal de monde prenait ça au premier degré. Regarde le clip Revolution, où je suis là à me faire taper par une nana type SM. Enfin, c'est pas vraiment du SM, mais bon. Tout ça c'est de la déconnade quoi! D'ailleurs j'ai pécho des meufs après ce clip, qui pensaient vraiment qu'elles pouvaient me mettre des claques au pieu (rires)! Pas qu'elles peuvent pas, mais c'était quand même bizarre. Les gens pensent que ce qu'il y a dans les clips et ce qu'on fait, c'est notre vie quoi! Ce sont deux choses différentes.
 

S!: Qu'est-ce qui a forgé l'identité de Son Of Kick? Tu as des influences, des artistes t'ont inspiré?
 

SOK: Bien sûr. J'ai été inspiré par un milliard de trucs, un bon paquet de styles, et je pense que c'est ce que ma musique reflète. J'ai grandi en me recherchant comme n'importe quel ado. J'suis passé par les styles rockeur, gothique...je me mettais du maquillage sur les yeux, après j'étais punk...je suis passé par tout. Musicalement les influences c'était ça. Ça passait par les Smiths, Nirvana, Cypress Hill...c'est difficile de vraiment définir mes influences, la liste est vraiment longue! Beaucoup d'influences dans les styles. Tout Warp, tout Ninja Tune au début...ce sont des labels qui n'ont pas de case, où les artistes viennent et font n'importe quoi...Je veux dire, c'est tout mélangé!
 

S!: Et avec tout ça, est-ce que tu as le projet d'un album ou pas?
 

SOK: Ouais. J'ai un projet. Le problème c'est que les gens aiment bien catégoriser les choses. Si je fais un album, ça sera un album de musique, avec de vraies compositions et chansons. Pas un album de club, où il y a des montées et où ça pète ensuite. Ça c'est pour des singles. Ça claque sur scène et c'est cool. Les gens ont vraiment pris cette habitude avec moi, parce qu'ils ne connaissent pas toute ma discographie, ce qui est normal! Mais si vraiment tu fouilles dans toute la discographie de Son Of Kick, il y a des morceaux qui sont plus chill, d'autres plus deep, des morceaux de 7 minutes, avec des montées, des trucs épiques...Tout ça, les gens ne connaissent pas. Si je dois faire un album, ça sera plus ça! Progressivement, je reviens vers ce que j'aimais avant, à ce que je faisais au début. C'est à dire plus hip-hop, plus bass, et moins bourrin. Là on a deux-trois trucs qui vont sortir, et fin 2014 j'espère vraiment arriver avec un album fini, un bel album de musique. On ne m'a pas vu pendant un moment, parce que je me suis un peu éloigné. Quand tu regardes les flyers du Nördik Impakt, sous ma photo on voit écrit "dubstep", et à côté, dans le descriptif, on lit "producteur de drum'n'bass". J'ai jamais fait un morceau de drum'n'bass de ma vie. J'ai peut être fait un track de dubstep, le reste ça n'en est pas. Les gens te mettent toujours dans des cases, c'est compliqué. Je viens de sortir 3 tracks qui ne sont pas du dubstep et les gens continuent à me mettre dans cette catégorie. Il est hors de question que je sorte un album où les gens attendront du dubstep, alors qu'il n'y aura pas du tout. Enfin si, le pire c'est que je pense que je risque d'en faire un, justement parce que les gens disent que le dubstep c'est mort, alors que ça ne l'est pas. C'est comme le rock, on a dit qu'il était mort alors que ce n'est pas le cas. Ce n'est jamais mort, tout dépend de comment tu le fais. Mais ça va arriver l'album. Putain, j'ai vraiment envie de le faire!
 

S!: Tu comptes y intégrer de vrais instruments?
 

SOK: C'est possible ouais. Je joue déjà de 5-6 instruments, donc il est très probable que je ressorte mes grattes; le piano il y en aura parce que j'en mets souvent. Donc oui, j'espère pouvoir y intégrer de vrais instruments, comme le live que j'essaie de mettre en place.
 

S!: Super! Merci les gars, à une prochaine j'espère!
 

L'interview s'est terminée avec un verre de vodka-red bull et une photo de groupie que voilà ci-dessous! Un merci tout particulier à Caroline qui a eu la gentillesse de nous prendre en photo avec son appareil, et qui m'a envoyé le cliché par mail! A droite, Son Of Kick, à gauche Marger.

01/11/2013

Epopée Nordik, Part 1

Aujourd'hui nous sommes le 1 er novembre, c'est l'avant dernier jour du festival Nordik Impakt à Caen. Il pleut, je suis seul à l'hôtel, avec pour seuls compagnons mon ordinateur et mon casque audio. Voici un petit compte rendu, avant que je n'arrive à me pendre avec le fil du rideau opaque.






J'ai commencé mon exploration mardi matin, parce que c'était l'un des rares jours où le soleil se pointait. Du coup, j'ai pu faire un petit repérage des lieux, et notamment celui de la salle de concert où j'allais passer deux de mes soirées: Le Cargö.

                              



Et en parlant de concerts, on peut dire que mercredi soir, j'ai été servi. Quatre groupes étaient à l'affiche. Dans l'ordre d'apparition, j'ai vu Mac DeMarco, BRNS, Aufgang et Toxic Avenger. Ce fut dans l'ensemble une très bonne soirée, parce que chaque groupe avait son univers bien distinct.

Mac DeMarco est un groupe de rock léger aux tendances old school et à l'univers décalé. Une voix de velours à la Pete Doherty, des guitares aériennes et mélodiques, et des rythmes à l'image du reste, doux et joyeux. Un univers très agréable et plein d'humour, où j'ai pu assister aux pétages de plombs du bassiste, qui par moment beuglait joyeusement dans son micro. Une bonne surprise!   



 

BRNS, eux, forment un groupe de rock indie progressif. Rythmes explosifs, chants très puissants, mélodies mélancoliques et enchanteresses. La salle a transpiré, les peaux ont frissonné...Une des plus belles découvertes du festival, qui a eu le mérite de me mettre la larme à l'oeil.


                          



Ensuite, ce fut le tour d'Aufgang. C'est un groupe qui associe électronique et acoustique, en utilisant des pianos, une batterie, et des synthétiseurs. Et là, contraste total avec les shows précédents. Rythmes endiablés aux kicks atomiques, saturations dans tous les sens, envolées lyriques au piano, délires synthétiques...Un chaos de basses et d'effets, qui a électrisé toute la salle. L'esprit n'était plus à la délicatesse du tout. Un pur concentré d'énergie, une espèce de séisme auditif. 



 

Enfin, la soirée se finit avec Toxic Avenger. Groupe d'électro bien énervé, avec une mise en scène bien à lui: écran avec animations saccadées, basses qui martèlent, mélodies accrocheuses...un style destiné à faire bouger le public, avec des invités sur scène, dont le rappeur OrelSan! 



 

En bref, malgré le froid, la pluie, l'hôtel flippant où je crèche, la crise et le 11 septembre, c'est un festival qui me laissera un super souvenir. Demain, c'est la soirée de clôture, avec une programmation qui va de 8h du soir à 7h du matin. Lundi, je vous envoie la suite post-mortem, avec une interview à l'appui. Restez connectés!

Par contre, si vous voulez voir des photos et des vidéos du festival, je vous conseille la page facebook officielle, ici.